Les premières décisions de Jean-Pierre Servel
Si je suis ratifié comme Grand Maître, mes priorités se porteront sur trois questions essentielles :
• la paix entre les Frères et la restauration de la confiance,
• le rétablissement des liens de reconnaissance avec les Grandes Loges étrangères,
• une réforme mesurée et adaptée à la restauration de notre mission initiatique.
La GLNF a besoin d’équipes stables qui ne soient pas choisies à la légère. J’ai d’ores et déjà le soutien d’un groupe fidèle, qui sait être pluriel tout en étant uni, qui sait être respectueux des Traditions tout en étant ouvert et prêt à imaginer avec d’autres le futur et la dynamique d’une GLNF apaisée.
Je suis attaché à la Tradition mais je pense qu’il faut aussi regarder vers l’avenir, c’est-à-dire faire face aux changements tout en restant fidèle à soi-même, à ses fondamentaux, à ses sources et origines.
Notre obédience devra tracer sa route de façon ferme en transcendant les agitations de la modernité, sans les nier pour autant. Quelles que soient les difficultés, les Frères qui viendront travailler avec moi devront rester concentrés sur l’essentiel : l’accomplissement heureux de notre mission initiatique, dans l’harmonie intérieure et l’égrégore entre les Frères.
Mes années passées dans des postes de responsabilité m’ont permis de rencontrer de très nombreux Frères de qualité. Je pense bien connaître les piliers de notre maison mais aussi de jeunes Frères, remplis de talents et d’idées nouvelles, issus de diverses régions de France.
La situation précaire de notre obédience commande de faire des choix d’union et de mesure. Je constituerai donc une équipe qui sera un juste équilibre entre l’expérience et le renouvellement, afin d’assurer une forme de transmission sans rupture. À l’exclusion de toute considération tactique, alliance ou autre, je m’efforcerai de discerner chez les Frères appelés à exercer des responsabilités, les qualités de l’intelligence et du cœur qui me semblent essentielles.
Ma première décision sera de mettre immédiatement en place trois équipes distinctes :
• La première équipe, chargée de l’international et des Rites, aura pour mission de reprendre langue avec les Grandes Loges étrangères et avec les Juridictions. Elle réunira des Frères reconnus par tous, disposant des contacts nécessaires pour restaurer la confiance.
• La deuxième équipe sera en charge de la paix, du dialogue, de l’écoute des Loges et des difficultés que celles-ci rencontrent en raison de la situation particulière qu’elles traversent. Elle sera également en charge de recueillir les avis et les suggestions de tous, et notamment des mécontents.
• La troisième équipe, en charge de l’opérationnel, sera chargée de mettre en place immédiatement le processus de participation autour de notre projet de réforme.
Les actions vis-à-vis des Grandes Loges régulières sont indissociables d’un effort que nous devrons faire tous ensemble. Il faut que les Grandes Loges régulières soient assurées de notre absolue fidélité aux Us & Coutumes et aux dispositions de la Règle de 1949 mais, au delà, elles voudront comprendre comment la paix peut revenir à la GLNF. Pour ce faire, un comportement maçonnique irréprochable sera demandé à tous. C’est non seulement la clé de notre reconnaissance, c’est aussi la clé de la réconciliation de tous les Frères.
Je demanderai aux principales Grandes Loges de me recevoir, entouré d’une délégation de Frères reconnus internationalement, pour faire entendre notre programme de reconstruction de la GLNF.
Cette notion de la reconnaissance est essentielle pour la très grande majorité de Frères et, bien entendu, pour moi. C’est sans doute la pierre d’achoppement de la candidature de François Stifani et des membres de son équipe.
Les principes de la réforme sont très simples :
• La limitation du mandat du Grand Maître à trois ans, renouvelable une fois, ainsi que la possibilité de sa destitution au cas où il se mettrait lui-même en contradiction avec les principes de l’Ordre.
• La réforme du Souverain Grand Comité qui aura un rôle beaucoup plus actif, animé par le travail effectif de commissions. Sa composition sera plus représentative des Loges. Enfin, ce Souverain Grand Comité, que nous proposerons d’appeler Grande Chambre, aura des pouvoirs législatifs considérablement renforcés.
• La création d’un Conseil des Sages, organe de modération, doté d’un réel pouvoir de régulation.
• La séparation des pouvoirs exécutif, législatif et disciplinaire, en soustrayant totalement le Conseil de Discipline National au pouvoir du Grand Maître
Il m’est impossible de dire à l’heure actuelle quels sont les Frères que Me Legrand aura réintégrés en qualité de membres de l’association GLNF. La question se posera néanmoins, pour certains Frères, de leur réintégration maçonnique.
En conformité avec la lettre de nos textes, il appartiendra aux Loges de décider de la réintégration des Frères démissionnaires, souhaitant leur retour sur les Colonnes. De même, il appartiendra aux Provinces de décider de la réintégration des Loges suspendues qui en feront la demande.
Le Comité de réintégration national sera chargé d’examiner le recours des Loges n’ayant pas obtenu leur réintégration de la part de leur Province. En outre, ce Comité appréciera individuellement les demandes formées par les Frères suspendus ou radiés.
Je demanderai à ce que le Comité de réintégration soit constitué, dès le lendemain de mon installation comme Grand Maître. À cet effet et sur un plan logistique, j’ai déjà demandé à Me Legrand que cette installation se fasse immédiatement, en Tenue de Grande Loge, après la ratification par l’Assemblée Générale du nouveau Grand Maître, quel qu’il soit.
Je tendrai la main à tous ceux qui manifesteront sincèrement le désir de participer au chantier de la reconstruction dans la paix et dans l’union. Cela exclut tout comportement vindicatif. Dans le même temps, je leur demanderai de s’engager solennellement à ne pas déroger aux vertus qu’ils ont juré de pratiquer au sein de notre Ordre.
La première urgence avec les Juridictions amies est de rétablir le dialogue avec elles, de comprendre leurs intentions et de solliciter leurs avis après les terribles secousses qui se sont produites. Les Juridictions partagent avec nous le désir d’apporter aux Frères le meilleur complément à leur parcours initiatique. Elles sont tenues de respecter les chartes et accords internationaux qui définissent leur propre régularité, comme celle de la GLNF.
Les Juridictions, et par conséquent la GLNF, sont riches de Frères d’une grande hauteur de vue et d’une ambition maçonnique légitime. Comptant parmi les plus reconnus de notre obédience, ces Frères connaissent bien les textes et nous saurons ensemble rétablir les équilibres qui n’auraient jamais du être perturbés, en renouvelant les accords qui font de nos Juridictions nos plus chères amies.
L’Arche Royale a été relativement « protégée » des évènements pendant un certain temps. Certains Frères qui m’entourent connaissent parfaitement cette Institution, dans toutes ses composantes. Ils connaissent les Frères qui s’y investissent quotidiennement, ainsi que ceux qui seront à même de les y rejoindre, pour relancer efficacement la progression nécessaire, non pas en terme d’adhésions mais d’évolution, de notre Grand Chapitre.
J’aimerais diminuer le montant des cotisations, mais le pourrons-nous ? Je ne veux pas formuler de promesses que je ne suis pas sûr de pouvoir tenir. Je suis dans l’incapacité de répondre à cette question tant qu’un bilan financier sérieux de la situation n’aura pas été établi, au terme de ces trois années de trouble. C’est à ce moment-là seulement que des propositions sérieuses pourront être débattues avec les organes compétents.
Je ne suis pas sûr que les affirmations démagogiques que j’ai entendues ici ou là soient profitables à la GLNF, ni à ses membres. Il est évident qu’il faut limiter le montant des dépenses de l’association, mutualiser les moyens. Sur ce, je peux m’engager car j’ai la volonté de faire cesser toute forme de dépense somptuaire ou inutile. J’ai le plus grand respect pour l’argent de l’association qui est aussi, ne le perdons jamais de vue, celui des Frères.
Le plus important, je crois, est de remettre les questions de gestion administrative au service de notre démarche maçonnique et non l’inverse, même si certains projets immobiliers sont encore nécessaires.
La question des blogs est épineuse. La communication électronique fait partie de notre vie quotidienne. Elle a malheureusement fait irruption de façon brutale dans notre espace maçonnique. Personne ne pourra décréter l’interdiction des blogs ou leur fréquentation.
Dans la crise que nous traversons, ils ont eu un rôle décisif pour certaines choses et contestable pour d’autres. Les propos qui ont pu s’y tenir ont laissé des cicatrices durables dans l’esprit de certains Frères, parfois même dans l’esprit de leurs auteurs. La poursuite des invectives et des anathèmes ne pourrait que continuer à jeter le discrédit sur l’image de la Maçonnerie tout entière et freiner le rétablissement de relations normales avec les autres obédiences régulières.
Dans l’idéal, il faudrait donc que les blogs à accès public cessent.
Toute communication vis-à-vis du monde profane devra retrouver une forme d’encadrement assumé et accepté par tous, dans le cadre de la discrétion qui fait partie de nos engagements.
Comme nous l’avons déjà annoncé, nous sommes favorables à un forum d’expression sécurisé où chacun pourra faire valoir son point de vue, dans le respect des valeurs maçonniques qui sont les nôtres.
Pour peu que les animateurs des blogs renoncent à la facilité des propos polémiques, même si le caractère exceptionnel de la situation que nous venons de vivre les a rendus possibles, pour peu qu’ils adhèrent ensemble à une forme d’éthique, qui est celle de l’information et non de la calomnie, pour peu qu’ils acceptent de rejoindre le forum d’expression partagé que nous envisageons, sous une forme que nous déterminerons avec eux, nous pourrons trouver ensemble les règles d’une information éthique, plurielle, respectueuse, contrôlée, qui n’enlèveront rien de l’intérêt des thèmes abordés dont certains sont essentiels.